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 Le Nobel de la paix à la Pakistanaise Malala Yousafzai et l'Indien Kailash Satyarthi

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Message Sujet: Le Nobel de la paix à la Pakistanaise Malala Yousafzai et l'Indien Kailash Satyarthi   Ven 10 Oct - 13:34


Le Nobel de la paix
à la Pakistanaise Malala Yousafzai
et l'Indien Kailash Satyarthi


L'Indien Kailash Satyarthi et la Pakistanaise Malala Yousafzay. © AFP


L'adolescente pakistanaise et le militant indien ont reçu conjointement la prestigieuse distinction "pour leur combat contre l'oppression des enfants".

Le prix Nobel de la paix a été conjointement attribué vendredi à l'adolescente pakistanaise Malala Yousafzay et à l'Indien Kailash Satyarthi "pour leur combat contre l'oppression des enfants et des jeunes et pour le droit de tous les enfants à l'éducation". "Les enfants doivent aller à l'école et ne pas être financièrement exploités", a lancé le président du Comité Nobel norvégien, Thorbjoern Jagland. La jeune Pakistanaise Malala Yousafzai, bête noire des talibans qui ont attenté à sa vie à cause de son engagement pour l'éducation des filles, était "à l'école comme d'habitude" vendredi matin à Birmingham, dans le centre de l'Angleterre, lorsqu'on lui a attribué la prestigieuse récompense.

C'est dans cette ville qu'elle s'est fait opérer en octobre 2012 après avoir frôlé la mort. Fille d'un militant pacifiste et directeur d'école et d'une mère illettrée, la jeune Malala tient à l'âge de 11 ans sur le site de la BBC un blog en ourdou, la langue nationale, où elle décrit le climat de peur - notamment l'interdiction d'école - régnant dans la vallée de Swat, une paisible région touristique avant que les talibans ne s'en emparent en 2007.

Icône en Occident

Délogés par l'armée pakistanaise en 2009, les fondamentalistes décident d'éliminer celle qu'ils accusent de véhiculer la "propagande occidentale". Le 9 octobre 2012, deux talibans font irruption à l'arrière du bus qui la ramène de l'école. Après avoir demandé qui était Malala dans le bus, l'un des assaillants lui tire une balle dans la tête à bout portant. Mais le projectile ricoche sur le coin gauche de son crâne et ressort par la nuque. Dans un état critique, l'adolescente est transférée en Angleterre, où elle reprend connaissance six jours plus tard. Le coin de sa bouche restera paralysé.

"J'étais terrifiée. La seule chose que je savais était qu'Allah m'avait bénie en m'accordant une nouvelle vie", raconte l'adolescente dans son autobiographie Moi, Malala. Devenue une icône en Occident, la jeune fille s'affirme comme la figure de proue de la lutte contre l'obscurantisme religieux. Portrait exposé à la National Gallery de Londres, autobiographie à succès, tee-shirts à vendre en ligne, son image est partout. Au grand dam des talibans, qui fustigent cet "agent des États-Unis". La jeune adolescente n'en a cure et profite de sa médiatisation pour poursuivre son combat en faveur de l'éducation des enfants.

Lors d'un discours qui fera date en 2013 à la tribune de l'ONU, Malala affirme que la "plume est plus forte que l'épée". Portant avec émotion un châle ayant appartenu à Benazir Bhutto, seule Pakistanaise à avoir été Premier ministre, avant d'être assassinée fin 2007, elle dit ne ressentir "aucune haine envers le taliban" qui l'a attaquée. Une maturité qui impressionne le monde entier. Elle reçoit quelques jours plus tard le prix Sakharov pour la liberté de penser, et est déjà pressentie pour décrocher la récompense suprême, qu'elle a donc reçue cette année en compagne de l'Indien Kailash Satyarthi.

Actions "coups de poing"

Beaucoup moins connu du grand public et nettement plus âgé, 60 ans, Kailash Satyarthi est une véritable star en Inde, où l'on dit qu'il a "libéré" au moins 80 000 enfants du travail forcé. Brillant ingénieur électricien, le militant indien n'était pourtant pas voué à un tel destin. Mais, à l'âge de 26 ans, Kailash Satyarthi délaisse une prometteuse carrière pour se consacrer aux millions d'enfants travailleurs en Inde. Sa mission, porter secours aux milliers d'enfants et de femmes réduits à l'état d'esclaves au sein des usines indiennes. À longueur de journée, ils doivent effectuer les tâches les plus pénibles, et sont victimes de violences, y compris sexuelles.

Fondateur en 1980 de l'ONG Bachpan Bachao Andolan (Sauver le mouvement de la jeunesse), il mène dès le début des actions "coups de poing", en organisant des raids contre des usines et des ateliers, dans le but de libérer des familles entières contraintes de travailler pour rembourser un prêt qu'elles avaient contracté. "C'est une expérience joyeuse que d'apercevoir le changement d'expression traverser le visage de cette merveilleuse fille", raconte-t-il au site PBS au sujet d'une enfant libérée d'une carrière de pierres. "Elle est un livre ouvert, et le changement d'expression nous raconte une histoire, celle d'une transition de l'esclavage vers une nouvelle vie de liberté", poursuit ce militant discret, qui ne sort de sa réserve que pour promouvoir la cause de l'enfance.

Tolérance religieuse

Après avoir sauvé des milliers d'esclaves, Kailash Satyarthi oeuvre à la création de la "Marche mondiale contre le travail de l'enfant", un conglomérat de 2 000 organisations et syndicats à travers 140 pays. Conscient de la nécessité de s'attaquer aux causes réelles du fléau de l'esclave infantile, le militant participe à la création de plusieurs mouvements de défense de l'enfance et de la scolarisation. L'ingénieur électricien est ainsi à l'origine d'un programme baptisé "Bal Mitra Gram", encourageant les villages indiens à abolir le travail des enfants. Et décide également de s'attaquer aux grandes marques, en développant le programme "Rugmark", un label assurant aux clients que les tapis ne sont pas l'oeuvre d'enfants, grâce à l'instauration de contrôles fréquents à l'intérieur des usines.

Désormais, le militant ambitionne d'étendre ces certifications à d'autres produits, notamment les ballons de football, généralement fabriqués par des mineurs. "Il a été calculé qu'il y a 168 millions d'enfants travailleurs dans le monde aujourd'hui", a pointé le président du Comité Nobel norvégien, Thorbjoern Jagland. "En 2000, ce chiffre était de 78 millions plus élevé. Le monde s'approche du but qui vise à éliminer le travail des enfants". En récompensant une musulmane et un hindou, le comité Nobel a voulu montrer "la nécessité de l'entente entre les différentes religions, afin que cela contribue à un monde meilleur", a souligné le comité Nobel. Des propos qui sonnent comme un appel à la tolérance, alors que l'organisation État islamique poursuit ses persécutions des minorités religieuses en Irak et en Syrie.
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